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Pendant la Toussaint, j'ai décidé de rendre visite à Maxime à Saint-Laurent-du-Maroni, la "capitale de l'Ouest guyanais". Pas de chemin de fer, pas d'autocar, il reste la solution du taksiko, véhicule collectif qui peut varier du minibus à la berline et qui ne part que quand il est plein. J'ai de la chance, un de mes voisins gère une des lignes reliant Cayenne à Saint-Laurent. Seul problème, il part tous les jours de Cayenne à 3h00 du matin ! Qu'à cela ne tienne, me voilà parti au beau milieu de la nuit au point de rendez-vous. Je n'avais jamais fait l'expérience de mon quartier en pleine nuit, et c'est quelque chose : un concert de batraciens couvre le reggae de mon lecteur mp3. Le taksiko arrive, prend quelques passagers noctambules dans plusieurs quartiers de Cayenne, et nous voilà partis sur la RN1 ! Un voyage sans encombre, où je regretterai seulement de ne pas pouvoir davantage apprécier le paysage.
Le soleil finit par se lever et nous arrivons bientôt à Saint-Laurent vers 6h00. Dès l'arrivée, le taksiko est littéralement assailli par une dizaine de piroguiers surinamais qui sont prêts à tout pour qu'on monte dans leur pirogue pour rejoindre l'autre rive du Maroni et le village d'Albina, au Suriname. Il faut leur expliquer que je reste à Saint-Laurent car ils sont prêts à prendre mon sac pour l'embarquement ! Je rejoins Maxime qui habite tout près. Je le sors du lit à 6h15, mais les profs d'EPS, c'est bien connu, s'en remettent vite ! Déception : mon appareil photo à 30 EUR m'a lâché pendant le voyage, impossible d'en tirer quelque chose. C'est pourquoi il n'y aura pas d'image de Saint-Laurent ni du Suriname pour cette fois.
On a décidé de passer la journée à Awala-Yalimapo, un village amérindien sur le littoral, connu pour ses interminables plages de sable fin et ses tortues... On traverse le village de Mana, où on dirait qu'il fait bon vivre en ce samedi sans nuage... Sur la route, on croise d'innombrables auto-stoppeurs, c'est à croire que la plupart des habitants de cette région isolée ne peuvent que compter là-dessus pour leurs déplacements.
Je reviendrai à Saint-Laurent avec un nouvel appareil ; comme je ne peux pas vous laisser sans images je poste cette vidéo humoristique faite par un américain qui n'a jamais mis le pied en Guyane. Aucune image n'a été prise en Guyane malgré le titre, French Guiana. Pour public averti et anglophone, je précise...
"Thank you French Guiana, you made my dreams come true !!!"
Chose promise, chose due : voici enfin les derniers clichés de la réserve animalière de Macouria que je n'avais pas pu mettre en ligne la dernière fois...
Les caïmans sont de sacrés bestiaux même s'ils ne sont pas très actifs... Ils sont si immobiles dans leurs bassins qu'on dirait des faux !
Il n'empêche qu'on n'en mène pas large, au-dessus du bassin...
Agglutinés les uns aux autres, ils semblent guetter l'inattention du touriste qui laissera traîner sa main ou son appareil photo...
Plus inoffensif, un drôle d'oiseau dont j'ai oublié le nom, mais dont la "coiffure" aurait fait fureur dans les années 80 !!!
Une harpie : cet oiseau est vraiment énorme, à peu près la taille d'un buste humain. Très surprenant !
Le tapir, qu'on appelle ici "Maïpouri", est très apprécié pour sa viande...
Enfin, un des nombreux "singes hurleurs" de la réserve. Ce jour-là, les responsables de la réserve leur avaient donné à manger une montagne de biscuits Prince de Lu (peut-être les invendus du chinois du coin, à plus de 2 EUR le paquet ?). En tout cas la nourriture industrielle avait l'air de beaucoup plaire aux singes, et c'était à celui qui arriverait à en ramener le plus avec lui : vous avez déjà essayé, vous, d'escalader des arbres et de sauter de branche en branche en tenant trois ou quatre biscuits Lu dans la main ?? Eh bien les singes y arrivent à peu près. Dernier détail très drôle : certains singes essayaient d'écarter les deux biscuits sablés pour ne manger que le chocolat qui est à l'intérieur. Franchement, on l'a tous fait, non ?
Chers lecteurs, votre longue attente de nouvelles images sur ce blog se voit aujourd'hui largement récompensée ! Le week-end dernier, Maxime le saint-laurentais est venu visiter Cayenne et ses environs, ce qui fut l'occasion de quelques balades sympathiques...
Samedi, direction Fort Diamant via la Route des Plages, en vue d'une randonnée sur le Mont Rorota... 3 heures de promenade dans les 30°c de cette fin octobre, voilà un bon moyen de se préparer à de plus longues marches dans la forêt guyanaise : la précieuse bouteille d'eau (qu'on a failli oublier en partant) se vide à vue d'oeil, les moustiques sont très présents, la transpiration vient coller le t-shirt à la peau... Mais tout cela est vite oublié tant le décor est fabuleux. On a pu apercevoir un drôle d'écureuil et d'impressionants rapaces. Outre ces quelques vidéos, je vous conseille de visiter le blog de Maxime, qui a pris d'autres images et donne donc "sa version des faits"...
Le lendemain, direction le village de Macouria (également appelé "Tonate"), sur la route de Kourou. Ce jour-là, la route était surveillée par des hélicoptères (rien que ça !) supposés détecter les mauvais conducteurs. Mais Maxime le chauffard a réussi à passer entre les mailles du filet ! :D
Sans plus de commentaires, je vous laisse apprécier les drôles de bestiaux qui composent la faune locale en vous souhaitant une bonne visite virtuelle... Merci à Alice, ma coloc', pour les superbes photos !!
Deux métros TRES loin de chez eux. Notez l'inscription "I NEED HOLIDAYS NOW" !
Voici le chat-tig', à peine plus gros qu'un chat, mais visez un peu la taille de ces moustaches !
Les anacondas...
Voilà pour ce week-end haut en couleurs !
Novembre arrive à grands pas mais le temps n'a toujours pas changé depuis mon arrivée. Les vacances sont là, et je viens d'aller chercher mon visa pour visiter quelques jours le Suriname, ancienne Guyane holandaise, et sa capitale Paramaribo, en passant par Saint-Laurent-du-Maroni... A bientôt !
Un dimanche d'octobre à Cayenne, un superbe poisson rose à rayures jaunes semble attendre son heure au-dessus de l'évier de la cuisine...
Le 22 septembre dernier, la Guyane a eu droit à une sympathique éclipse annulaire : debout à 4h45 pour l'occasion, car la prochaine de ce genre ne sera pas avant les années 2020 ! On a pu voir la lune grignoter peu à peu le soleil, jusqu'à ce que ce dernier soit réduit à un anneau ; vous pouvez voir quelques images ici. Très intéressant spectacle, qui va laisser des traces quelque temps, car on retrouve un peu partout dans les fossés de ces lunettes spéciales distribuées pour l'occasion...
J'ai remarqué à plusieurs reprises que les néo-arrivants en Guyane paraissaient "speed" aux yeux de ceux qui ont adopté l'endroit depuis plusieurs années. Ici on ne se presse pas, il fait assez chaud comme ça ! Peu importe s'il faut attendre 30 minutes avant de passer à la caisse d'un magasin, par exemple. Ca peut irriter un poil au début, mais on s'y fait vite. Chacun semble prendre le temps de vivre, c'est reposant ! Les nouveaux sont facilement repérables : on marche vite et on dégouline !
Ici, on dit "Bonsoir" à partir de 13 heures, c'est étrange mais j'ai pris le pli. Je me mets doucement au créole local, il y a des mots qui reviennent souvent : chwit, moun, vini...
Je ne m'éterniserai pas dans ce cybercafé où je me bats avec un horrible clavier chinois en QWERTY qui ne connaît pas les accents : écrire une phrase est un véritable marathon !
Pour finir, en ce moment c'est la saison où les iguanes sont partout, mais il n'est pas toujours facile de les apercevoir tant ils arrivent à se fondre dans leur environnement... Alors à vous de jouer, saurez-vous trouver l'iguane avant la fin de la vidéo ?
Guillaume avait vu juste, je n'ai pas eu le temps de venir bloguer depuis la rentrée... Ici en Guyane, les cours commencent à 7h00 du matin (lever à 5h00 tous les jours !), et se terminent à 18h00...Tous les collégiens doivent porter un uniforme. Je ne parlerai pas davantage de mon travail, car j'ai appris qu'un proviseur de Montpellier avait été radié de l'Education Nationale pour avoir créé un blog où il parlait de sa vie professionnelle... Moi qui croyais à la liberté d'expression, j'ai l'impression de me trouver derrière un bon vieux rideau de fer : interdiction de dire du mal du "régime", sinon ça va barder ! Pas le droit de déplorer le manque de moyens dont les élèves sont les premières victimes. Pas le droit de dire que les transports scolaires sont insuffisants, alors que je vois tous les jours des élèves qui ne peuvent pas aller au collège ou au lycée parce que le bus est bondé. Pas le droit de dire que dans certaines classes surchargées, il n'y a pas assez de chaises et tables pour tout le monde. Pas le droit de dire qu'ici, on ne pourra payer une connexion Internet que pendant 2 mois, au printemps, et partager 15 PC entre 1200 élèves. Pas le droit de dire que dans les salles les plus insalubres, le plafond se décolle... Pas le droit de dire qu'il faudrait une cantine... Tout cela est formellement interdit au nom du sacro-saint "devoir de réserve". Par conséquent, "soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien" comme dirait l'autre, et contentons-nous de faire de la promotion touristique, au risque de passer pour des hédonistes, ce qui est bien plus convenable puisque c'est autorisé !
Le margouillat que j'ai trouvé l'autre soir dans ma chambre revient régulièrement, à la même heure. Cette fois, j'ai pu le prendre en photo. Il passe souvent la nuit au-dessus de mon armoire. J'ai décidé de baptiser ce drôle de petit reptile "Sarko", car il débarrasse ma chambre des individus indésirables (en l'occurence les insectes et autres moucherons).
A deux pas de chez moi, près de la plage des Colibris, se trouve le sentier des salines de Montjoly, dont je vous propose une petite visite virtuelle...
Quittons la forêt pour rejoindre la banalité : nous sommes maintenant 3 à vivre en colocation : une collègue professeur des écoles nous a rejoints. C'est d'ailleurs à elle que je dois les photos de Sarko le margouillat.
Je suis allé faire des courses à Cora, le premier hypermarché de Cayenne, qui réserve de drôles de surprises, comme un camembert à 3,88 Euros !
Il y a beaucoup d'enfants ici (50% de la population à moins de 25 ans). Avec la rentrée, le paysage change un peu : sur les routes, on croise beaucoup de scooters (mais jamais de casques !). Pour les jeunes, les occupations sont rares, alors on s'amuse de peu de choses : l'autre soir, deux gamins à vélo circulaient dans le quartier, portant fièrement un sac en plastique : ils venaient de chasser un iguane et essayaient de le vendre aux voisins. Sur la plage, quatre gosses, sûrement frères, du plus grand au plus petit, essayaient de capturer des crabes-fantômes, qui deviennent phosphorescents dans la nuit. Le plus vieux essayait de les repérer sur la plage. Le deuxième creusait pour les faire sortir de leur tanière, car ces crabes-là creusent de véritables galeries sous le sable. Le troisième donnait un grand coup de bâton au crabe pour l'immobiliser. Malheureusement, il ne restait souvent pas grand chose du pauvre crabe ! Enfin, le plus jeune des gamins portait une coque de noix de coco et était chargé de transporter le butin. J'ai observé la scène un moment avant de me remettre à boire les paroles de Blaise Cendrars...
Les réunions de rentrée sont arrivées, et avec elles je commence à mieux comprendre la situation particulière qui existe en Guyane. Dans un endroit où les ethnies sont si nombreuses, si différentes et si cloisonnées, le lien social repose sur le commerce d'une part, et l'éducation d'autre part. Or, j'ai été déçu de constater le nombre de fonctionnaires sclérosés qui sévicent ici. A la réunion d'accueil, les participants semblaient hantés par une seule idée : le magot. Chacun y va de sa petite question concernant la prime et les aides, toujours en fonction de sa situation particulière. Il apparaît maintenant comme une évidence que nombreux sont ceux qui sont venus ici en espérant amasser de l'argent. Quelle ironie de les entendre ensuite critiquer les garimpeiros, les chercheurs d'or brésiliens qui entrent en Guyane par les fleuves pour espérer glâner quelques pépites !
Les discours successifs des "hauts fonctionnaires" du Rectorat de Guyane ont fait bien peu pour améliorer les choses, véritables tissus de démagogie. Ici on ne fait pas grand chose, alors on brode de beaux discours pour cacher la vérité derrière des rideaux de dentelle. Le recteur a parlé de "demande populaire" en 1987, alors qu'il s'agissaît plutôt de véritables émeutes à Cayenne... Mais tout va bien, car "il les a compris" ! Un éditorial récent signé par notre recteur s'intitule par ce slogan militaro-publicitaire : "A l'absentéïsme, on répond présent !" Ce qui dénote bien l'absence de communication entre la base et le sommet... Le prof de technologie chargé de nous exposer les spécificités locales en matière de cultures et de pédagogie s'en est tenu à la surface des choses, résumant chaque fait par la notion de "problème" ou "d'échec" mais sans jamais parler de solution. Il est vrai que le diaporama qu'il avait conçu était très beau, et j'espère que les établissements de Guyane bénéficient du même matériel...
Dans mon collège, cité dernièrement par RFO Guyane comme "le deuxième établissement le plus violent du département", on semble adopter le même comportement, même s'il est un peu trop tôt pour juger aujourd'hui. En guise de bienvenue, j'ai appris que "cassais les pieds" de la principale adjointe. J'ai décidé aussitôt de me présenter dorénavant à elle comme "M. Casse-Pieds", et je promets de m'y tenir. Ici, on grapille de petits avantages en faisant passer des valises d'hypocrisie sous la table, tandis que les néo-arrivants jouent les ramasse-miettes ! Mais on ne perd pas une occasion de rappeller combien "l'esprit d'équipe", "le travail d'équipe" sont importants...
Changeons de domaine : j'ai enfin réussi à faire installer le téléphone chez moi ! Les bureaux de France Telecom sont ouverts à Cayenne le matin seulement. Ils m'ont envoyé des techniciens pour activer la ligne. Rendez-vous à 10h, les techniciens arrivent vers 13h30 ! Finalement ils n'arriveront même pas à activer la ligne. Par contre, ils me font comprendre à demi-mot qu'il va falloir aligner une petite prime de 40 EUR en liquide si je tiens à avoir le téléphone... Entre-temps, ils ont rencontré mon coloc', qui leur a appris leur boulot, et ils ont fini par installer la ligne ! Pour les 40 EUR, je n'ai pas cédé, par contre je n'ai pas oublié d'appeller France Telecom pour leur faire part de ce que je pensais de leurs employés...
Quittons ce morne quotidien pour un détour (les mauvaises langues diront, un "demi-tour") du côté du monde animal : en ce moment, chaque soir, une grande libellule (10 cm) vient se poser près d'une des lampes de la terrasse. De couleur verte, elle a la tête toute ronde, comme si elle portait un casque, et sa queue est en forme de pince. La chienne Guyane attend patiemment qu'elle parvienne à sa portée pour l'anéantir, mais la libellule semble savoir qu'elle ne risque rien tant qu'elle reste à la hauteur... La vidéo est de très mauvaise qualité, mais je ne voulais pas vous laisser sans quelques images après ma diatribe...
En Guyane, le quotidien lui-même est rempli de surprises en tous genres. Faire ses courses est déjà toute une expérience ! A côté de chez moi (à côté de chez chaque guyanais, en réalité), il y a un chinois, c'est-à-dire une épicerie tout le temps ouverte. La mienne s'appelle "Kevin Chen Distribution". Les plus attentifs auront remarqué que mon cybercafé s'appellait lui aussi Chen... Chez Kevin Chen, on trouve un peu de tout mais c'est très cher, alors pour faire des économies, je prends le temps de chercher les articles les moins chers : j'achète des spaghettis de marque Korona qui viennent tout droit de Grèce, du savon de Turquie, du ketchup et du riz du Surinam, du faux Nutella des Pays-Bas, du jus de fruits de Guyane, du beurre de France... J'ai un peu peur de me payer une diarrhée internationale ! Mais tant pis, je mettrai ça sur le compte de la mondialisation !
Finalement, tout était très bon, sauf le ketchup surinamien, bourré de conservateurs et absolument immangeable, à la texture toute gluante et au goût dantesque... J'en ai même jeté mon plat de spaghettis (je crois que c'est la première fois que ça m'arrive, et pourtant j'en ai mangé des pâtes, en 6 ans de fac' !!!), et je craquerai finalement pour le bon vieil Amora à 3,90 EUR...
Le samedi, on se rattrappe en allant faire des courses et manger au marché de Cayenne. Il y a de plus en plus de monde, les cayennais commencent à revenir de vacances. Ce matin, j'ai acheté des oranges, qui ici sont vertes, des tomates, qui ici sont toutes petites et ni rouges ni vertes, et enfin des coussous, un petit fruit local. J'ai demandé ce que c'était à une personne qui en achetait, et elle m'a aidé à les choisir. L'ambiance est vraiment unique au marché, c'est très vivant ! Après les achats, on mange sur place, sur de grandes tables très conviviales, devant des stands où on trouve toutes sortes de cuisines. C'est très bon et pas cher. Je commence à apprécier les jus de fruits frais locaux : jus de prune de cythère, jus de maracudja, jus de cerise...
Je continue à rencontrer d'autres collègues "exilés" : un prof d'histoire-géo au collège Zéphir, qui a passé plusieurs années en "zone sensible" près de Paris avant de demander Cayenne (sans transition). Lui habite au centre de Cayenne et on se croisera très souvent au collège ou en ville...
En attendant le bus, j'ai aussi fait la connaissance de Grégoire, un rwandais qui a longtemps vécu en métropôle. Aujourd'hui, il est professeur des écoles sur les fleuves, c'est-à-dire dans des zones très isolées, où il faut souvent plusieurs jours de pirogue pour rejoindre une ville. Il m'a parlé de son expérience la plus marquante, lorsqu'il enseignait sur l'Oyapock (la frontière brésilienne) à de jeunes amérindiens, au-delà encore de la zone autorisée au public, là où il faut une autorisation préfectorale pour circuler, en raison de nos virus qui sont très dangereux pour ces populations. Sur place, l'argent n'a aucune valeur et il n'y a pas de commerçant. On est obligé de vivre à la manière des amérindiens, et avec eux. Pas question de rentrer pour le week-end ou les vacances ! Il a ainsi appris à vivre dans la forêt amazonienne, à chasser et pêcher pour se nourrir. L'enseignement, m'a-t-'il dit, est assez bien perçu par les enfants, qui sont très attentifs, mais ils n'y attachent pas une importance capitale, car rien de ce qu'ils apprennent ne coïncide avec leur mode de vie : ils ne perçoivent pas vraiment l'intérêt de savoir lire ou compter, ni même de connaître nos normes diverses (heures, jours de la semaine, mois, système métrique...). Enseigner là-bas revient apparemment à leur raconter des histoires d'un autre monde. Leurs repères sont les repères qui s'offrent à eux au coeur de la forêt, et leur apprentissage est avant tout celui nécessairement imposé par leur milieu : savoir pêcher, chasser, se déplacer en pirogue, connaître les plantes et leurs vertus, ainsi que les animaux... Grégoire m'a confié être ressorti de son expérience avec un recul énorme sur notre propre mode de vie, concluant qu'en France ou en Guyane, on se rendait finalement la vie très compliquée... On a d'ailleurs beaucoup ri des guyanais, qui roulent souvent en ville en 4x4 acheté à crédit...
Pour revenir à mon quotidien, j'habite près d'une plage magnifique, qui n'est pas polluée celle-là... Je marche dix minutes, je prends un raccourci qui passe au-dessus d'un ruisseau, où mon coloc' a croisé la dernière fois un serpent jaune et bleu, et voilà où j'arrive :
La température de l'eau avoisinne les 30°, pas la peine de se mouiller la nuque avant d'y rentrer ! On m'avait parlé des serpents et des raies venimeuses, mais je n'ai rien vu de tel. Juste quelques rares petites méduses, très colorées, mais ce n'est pas ce qui m'arrête, à Lacanau comme ici ! On m'avait aussi parlé de la vase, mais il faut vraiment aller loin pour la trouver, il n'y a ici que du sable très ferme... Par contre, il ne faut pas avoir peur d'abuser de la crème solaire car on peut vite être brûlé sans s'en rendre compte ! L'eau n'est pas très claire, c'est vrai, mais elle l'est plus qu'à Arcachon, avec les algues en moins ! Prochainement, je vous parlerai des crabes que l'on voit ici, qui sont très amusants...Lundi dernier, j'ai enfin rencontré mon colocataire, très sympa. Il est venu me chercher en voiture et m'a amené à la maison : une très jolie villa avec un énorme jardin, des arbres et des plantes superbes, une petite piscine gonflable (très bien pour se rafraîchir) et une terrasse très agréable ! Quand on est arrivé devant le portail, une minuscule grenouille, pas plus d'1 cm, est venue se coller sur le pare-brise, juste en face de ma tête ! C'était très drôle, et j'ai pris ça comme un "bienvenue" de la part des batraciens, qui sont de toutes tailles en Guyane, et qui sont très présents dans le secteur de la maison en particulier en raison d'un ruisseau qui coule tout près... Un autre animal m'a souhaité la bienvenue en jappant et à grands coups de léchouilles : il s'agit de Guyane, la chienne de mon coloc'. Un chien créole qui surveille le jardin en parmanence. Elle chasse les sauterelles, les papillons de nuit et tous les gros insectes qui osent s'aventurer sur la terrasse : elle leur fait passer un mauvais quart d'heure qui ressemble plus à une très longue agonie... Elle entend le moindre bruit, même en plein vent, un vrai radar ! Sans plus attendre je vous laisse découvrir les images...
Des oiseaux aux couleurs exotiques chantent en permanence dans le jardin, et viennent parfois se poser jusque sous la terrasse. On entend les grillons tout le temps...
Restons un peu au pays des animaux fantastiques avec une petite visite virtuelle du Musée Départemental de Cayenne. D'un goût très particulier, ce musée s'apparente plutôt à un cabinet de curiosités comme il en existait au XIXème siècle : animaux empaillés ou reposant dans du formol (dont un horrible gorêt !), collections d'insectes et arachnides morts dans des tiroirs que l'on n'ose à peine tirer... Tout cela est un peu sordide mais donne finalement une assez bonne idée de la faune de Guyane française.
Après cette courte visite, il fait bon découvrir des animaux en chair et en os : hier soir, en allant me coucher, je me suis rendu compte qu'il y avait un margouillat dans ma chambre !!! Un margouillat est un genre de gros lézard de couleur beige, pas méchant pour un sou. J'ai sursauté sur le coup, mais lui a eu encore plus peur que moi et a cherché à s'enfuir par tous les moyens, se cognant au plafond à plusieurs reprises dans sa course effrénée... Le temps d'aller chercher l'appareil photo et il avait déjà disparu ! Qui sait, il est peut-être encore dans mon placard !
Ce matin-même, j'ai croisé tout près de chez moi un guyanais assis sur le bord de la route. Il tenait dans ses bras un énorme iguane noir et blanc très impressionant. J'ai d'abord cru que c'était son animal de compagnie, donc je suis allé le voir. Il m'a expliqué qu'il venait de la capturer pour le manger ! Enfin, fricasser, pour être exact. Il m'a expliqué que c'était la saison, qu'on en trouvait un peu partout, pendus aux branches, et que c'était un plat délicieux. Il m'a expliqué toute la recette, et surtout la préparation : couper la tête, puis la queue, retirer les oeufs du ventre, faire bouillir pour que la peau s'enlève facilement, etc... Sachez qu'il faut remettre les oeufs dans la préparation en fin de cuisson pour rajouter du goût ! Finalement, ce sympathique guyanais a fourré le pauvre iguane encore vivant pour quelques minutes dans son sac à dos et est rentré chez lui cuisiner. Bon appétit à tous !
Eh oui, hier j'ai eu la chance, en me promenant sur la plage de Zéphir à côté de chez moi, d'assister au départ d'une tortue luth encore bébé, qui se rendait dans la mer juste après son éclosion !! Les tortues luth adultes viennent pondre leurs oeufs sur plusieurs plages de Guyane française au printemps, et en ce moment-même, les oeufs qui sont enterrés dans le sable commencent à éclore ! Une fois sortis, les bébés se rendent automatiquement dans la mer pour vivre leur vie... C'était donc un grand coup de bol, car c'est malheureusement un spectacle de plus en plus rare, notamment en raison des chiens errants qui chassent ces animaux. Mais pas seulement : je n'étais pas le seul à avoir repéré cette tortue, deux touristes métros étaient là aussi avec leur caméscope. Deux beaufs, qui se mettaient devant la tortue et l'empêchaient de regagner la mer juste pour avoir de belles images ! Je ne savais pas que le cinéma pouvait participer à l'extinction d'une espèce, mais c'est pourtant possible ; tout dépend qui est derrière la caméra !
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