Le quotidien s'installe peu à peu

Publié le par aldric

En Guyane, le quotidien lui-même est rempli de surprises en tous genres. Faire ses courses est déjà toute une expérience ! A côté de chez moi (à côté de chez chaque guyanais, en réalité), il y a un chinois, c'est-à-dire une épicerie tout le temps ouverte. La mienne s'appelle "Kevin Chen Distribution". Les plus attentifs auront remarqué que mon cybercafé s'appellait lui aussi Chen... Chez Kevin Chen, on trouve un peu de tout mais c'est très cher, alors pour faire des économies, je prends le temps de chercher les articles les moins chers : j'achète des spaghettis de marque Korona qui viennent tout droit de Grèce, du savon de Turquie, du ketchup et du riz du Surinam, du faux Nutella des Pays-Bas, du jus de fruits de Guyane, du beurre de France... J'ai un peu peur de me payer une diarrhée internationale ! Mais tant pis, je mettrai ça sur le compte de la mondialisation !

Finalement, tout était très bon, sauf le ketchup surinamien, bourré de conservateurs et absolument immangeable, à la texture toute gluante et au goût dantesque... J'en ai même jeté mon plat de spaghettis (je crois que c'est la première fois que ça m'arrive, et pourtant j'en ai mangé des pâtes, en 6 ans de fac' !!!), et je craquerai finalement pour le bon vieil Amora à 3,90 EUR...

Le samedi, on se rattrappe en allant faire des courses et manger au marché de Cayenne. Il y a de plus en plus de monde, les cayennais commencent à revenir de vacances. Ce matin, j'ai acheté des oranges, qui ici sont vertes, des tomates, qui ici sont toutes petites et ni rouges ni vertes, et enfin des coussous, un petit fruit local. J'ai demandé ce que c'était à une personne qui en achetait, et elle m'a aidé à les choisir. L'ambiance est vraiment unique au marché, c'est très vivant ! Après les achats, on mange sur place, sur de grandes tables très conviviales, devant des stands où on trouve toutes sortes de cuisines. C'est très bon et pas cher. Je commence à apprécier les jus de fruits frais locaux : jus de prune de cythère, jus de maracudja, jus de cerise...

Je continue à rencontrer d'autres collègues "exilés" : un prof d'histoire-géo au collège Zéphir, qui a passé plusieurs années en "zone sensible" près de Paris avant de demander Cayenne (sans transition). Lui habite au centre de Cayenne et on se croisera très souvent au collège ou en ville...

En attendant le bus, j'ai aussi fait la connaissance de Grégoire, un rwandais qui a longtemps vécu en métropôle. Aujourd'hui, il est professeur des écoles sur les fleuves, c'est-à-dire dans des zones très isolées, où il faut souvent plusieurs jours de pirogue pour rejoindre une ville. Il m'a parlé de son expérience la plus marquante, lorsqu'il enseignait sur l'Oyapock (la frontière brésilienne) à de jeunes amérindiens, au-delà encore de la zone autorisée au public, là où il faut une autorisation préfectorale pour circuler, en raison de nos virus qui sont très dangereux pour ces populations. Sur place, l'argent n'a aucune valeur et il n'y a pas de commerçant. On est obligé de vivre à la manière des amérindiens, et avec eux. Pas question de rentrer pour le week-end ou les vacances ! Il a ainsi appris à vivre dans la forêt amazonienne, à chasser et pêcher pour se nourrir. L'enseignement, m'a-t-'il dit, est assez bien perçu par les enfants, qui sont très attentifs, mais ils n'y attachent pas une importance capitale, car rien de ce qu'ils apprennent ne coïncide avec leur mode de vie : ils ne perçoivent pas vraiment l'intérêt de savoir lire ou compter, ni même de connaître nos normes diverses (heures, jours de la semaine, mois, système métrique...). Enseigner là-bas revient apparemment à leur raconter des histoires d'un autre monde. Leurs repères sont les repères qui s'offrent à eux au coeur de la forêt, et leur apprentissage est avant tout celui nécessairement imposé par leur milieu : savoir pêcher, chasser, se déplacer en pirogue, connaître les plantes et leurs vertus, ainsi que les animaux... Grégoire m'a confié être ressorti de son expérience avec un recul énorme sur notre propre mode de vie, concluant qu'en France ou en Guyane, on se rendait finalement la vie très compliquée... On a d'ailleurs beaucoup ri des guyanais, qui roulent souvent en ville en 4x4 acheté à crédit...

Pour revenir à mon quotidien, j'habite près d'une plage magnifique, qui n'est pas polluée celle-là... Je marche dix minutes, je prends un raccourci qui passe au-dessus d'un ruisseau, où mon coloc' a croisé la dernière fois un serpent jaune et bleu, et voilà où j'arrive :

La température de l'eau avoisinne les 30°, pas la peine de se mouiller la nuque avant d'y rentrer ! On m'avait parlé des serpents et des raies venimeuses, mais je n'ai rien vu de tel. Juste quelques rares petites méduses, très colorées, mais ce n'est pas ce qui m'arrête, à Lacanau comme ici ! On m'avait aussi parlé de la vase, mais il faut vraiment aller loin pour la trouver, il n'y a ici que du sable très ferme... Par contre, il ne faut pas avoir peur d'abuser de la crème solaire car on peut vite être brûlé sans s'en rendre compte ! L'eau n'est pas très claire, c'est vrai, mais elle l'est plus qu'à Arcachon, avec les algues en moins ! Prochainement, je vous parlerai des crabes que l'on voit ici, qui sont très amusants...

Publié dans mangrove

Commenter cet article

Anthony 04/09/2006 12:43

Je viens d'y penser, à tous les coups dans chaque magasin en Allemagne, y a un cinglé qui fait ttes les boîtes pr voir s'il n'y en a pas de périmé, xpldrrrr

Anthony 04/09/2006 12:37

Toi, Viadukstrasse te manque grave!!! ça se voit mdrrrr

Aldric 02/09/2006 15:15

Tu as entièrement raison Anthony, il faut vérifier les dates DLC à chaque fois, ici. Il est très fréquent de trouver des produits périmés. Jörg m'a dit qu'en Allemagne, lorsque quelqu'un trouve un produit périmé dans un magasin, il peut aller le signaler en caisse et on lui donne la somme correspondant au prix du produit en dédommagement ! Ici c'est même pas la peine d'y compter...

Anthony 30/08/2006 12:32

Ah ces chinois, des vrais vautours, à tous les coups, on verra titré demain à la gazette de Cayenne, "Diarrhée monumentale chez Kevin Chen Distribution"
Vérifie bien les dates de péremption quand tu fais les courses, ce genre de commerçants n'a aucun scrupule à te vendre du périmé.
En tous les cas, tu me donnes envie avec tous tes jus de fruits =)
See ya

jean-françois 29/08/2006 20:27

Pffffje t'envie à mort!!je suis content que tout se passe parfaitement pour toi. :)c'est très intéressant de lire tes "aventures" ,puisque tu as le fond et tu y mets la forme.ps:la vidéo marche trés bien sur ton blog.